Si vous pouviez, vous iriez. Un dimanche matin, tôt, sans prévenir personne. Vous prendriez de l’eau au robinet, au bout de l’allée. Vous arracheriez l’herbe venue s’installer entre les pierres, et vous passeriez la main sur le nom, lentement, comme on recoiffe quelqu’un.
Vous resteriez là sans rien faire de particulier. Vous diriez deux ou trois choses, à voix basse, ou seulement en pensée. Et vous repartiriez plus léger que vous n’étiez venu.
La distance n’efface rien. Elle empêche, seulement.
Mais les saisons, elles, n’attendent pas. L’automne y dépose ses feuilles, l’hiver son gel, le printemps ses herbes folles. Personne n’a oublié. Il y a seulement des kilomètres entre vous et ce nom.
C’est là que nous arrivons. Nous prenons l’eau au même robinet. Nous arrachons la même herbe. Nous passons la main sur le même nom. Et le soir venu, quelques images vous parviennent, pour que vos yeux fassent le chemin que vos mains n’ont pas pu faire.
Nous ne remplaçons pas votre présence. Nous la prolongeons.